Tendinite : le mot que la science abandonne
Idées reçues en santé, épisode 2
Après les hernies discales, place à un autre classique de la consultation : la tendinite. Et si votre « tendinite » n’en était pas une, du moins pas au sens où on l’entend d’habitude ? Le mot lui-même disparaît peu à peu de la recherche scientifique. Explications, sources à l’appui.
Le mythe : « C’est une inflammation, le repos et les anti-inflammatoires vont la calmer »
La logique semble évidente : douleur au tendon = inflammation = repos et anti-inflammatoires. Cette approche a longtemps été la norme, mais la science comprend aujourd’hui le problème autrement.
Ce que dit la science
Quand des chercheurs examinent des biopsies de tendons douloureux, ils trouvent surtout des fibres de collagène désorganisées et un tendon en échec de cicatrisation, pas l’inflammation classique qu’on attendait. C’est pour cette raison que le terme « tendinopathie » remplace peu à peu « tendinite » dans la littérature scientifique (Khan & Cook, 2002).
Une nuance importante
L’inflammation n’est pas totalement absente : des analyses récentes détectent des cellules immunitaires (des macrophages) dans les tendons douloureux. Mais ce n’est pas l’inflammation aiguë que le repos strict ou les anti-inflammatoires classiques sont censés cibler. Il s’agit d’un processus plus lent et de nature différente (Dean et al., 2016 ; Millar et al., 2017).
Le vrai traitement : la remise en charge progressive
Une étude de référence sur la tendinopathie achilléenne l’a montré de façon spectaculaire. Deux groupes de 15 patients ont été comparés :
renforcement progressif : tous ont retrouvé leur niveau sportif initial ;
repos, anti-inflammatoires et orthèses : tous ont dû être opérés (Alfredson et al., 1998).
Ce principe de charge progressive s’est confirmé depuis pour d’autres tendons, au genou comme à l’épaule.
Et les anti-inflammatoires, alors ?
La douleur est un signal utile : elle indique la charge que votre tendon peut tolérer à un instant donné. La masquer expose à le solliciter au-delà de ses limites. Or l’inflammation fait partie du processus normal de réparation.
C’est la logique du protocole PEACE & LOVE, une référence internationale en traumatologie sportive, qui recommande d’éviter les anti-inflammatoires en phase de récupération (Dubois & Esculier, 2019 ; Ghosh et al., 2019).
Pourquoi la douleur traîne-t-elle parfois ?
Un tendon douloureux évolue par étapes :
Phase réactive : récente et réversible ;
Phase de réparation : plus difficile à faire évoluer ;
Phase dégénérative : plus longue à inverser.
Le bon dosage de la remise en charge dépend donc du stade. D’où l’intérêt d’un bilan individualisé plutôt que d’une recette toute faite (Cook & Purdam, 2009).
À retenir
« Tendinite » laisse peu à peu place à « tendinopathie » dans le vocabulaire médical.
La clé reste une remise en charge progressive, dosée selon l’état réel de votre tendon.
Pas de recette générique : le traitement s’adapte au stade de votre tendon.
Une douleur de tendon qui traîne ? L’équipe du Centre MMC établit avec vous un bilan individualisé pour déterminer le bon dosage de reprise d’activité.
Sources
Khan, K. M. & Cook, J. L. (2002). Overuse tendon injuries: where does the pain come from? Manual Therapy.
Dean, B. J. F. et al. (2016). The peripheral neuronal phenotype of chronic tendinopathy: a systematic review. British Journal of Sports Medicine.
Millar, N. L. et al. (2017). Tendinopathy. Nature Reviews Rheumatology.
Alfredson, H. et al. (1998). Heavy-load eccentric calf muscle training for the treatment of chronic Achilles tendinosis. American Journal of Sports Medicine.
Dubois, B. & Esculier, J.-F. (2019). Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE. British Journal of Sports Medicine.
Ghosh, N. et al. (2019). Nonsteroidal Anti-inflammatory Drugs (NSAIDs) and Other Pain Relief Options. JBJS Reviews.
Cook, J. L. & Purdam, C. R. (2009). Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. British Journal of Sports Medicine.




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